En 2018, 124 médecins, généralistes, cardiologues, pédiatres, urgentistes, etc. dénoncent dans un blog relayé par une tribune publiée dans Le Figaro, les thérapies alternatives, les considérant comme inefficaces voire dangereuses et coûteuses. Ceci relance une querelle commencée depuis 200 ans environ : l’homéopathie est-elle efficace ? Le débat reste ouvert.

Homéopathie et médecine conventionnelle, une éternelle querelle ?

« Fondée à la fin du XVIIIe siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann, l’homéopathie est la médecine alternative la plus vieille à s’être installée en Europe. » Cette médecine a été très vite contestée. Dès 1835, une étude très sérieuse montrait que l’homéopathie était inefficace. Plusieurs centaines de travaux indépendants plus tard, la plus grande revue de la littérature scientifique existante a été publiée en 2015 par le Conseil national de la recherche médicale australien (National Health and Medical Research Council, ou NHMRC) après trois ans d’un processus rigoureux de relecture des études portant sur le sujet. La conclusion est claire « Le NHMRC a ainsi étudié 57 méta-études publiées entre 1997 et 2013 et recouvrant 176 études scientifiques sur 61 maladies ou problèmes de santé. Pour 13 problèmes de santé, l’homéopathie n’a pas eu plus de résultats qu’un placebo. (…) Les effets de l’homéopathie n’ont été démontrés pour aucun des 61 problèmes de santé étudiés. » Pourtant, ce rapport très négatif, et abondamment relayé par les médias, s’oppose à un autre rapport édité en 2011 par des scientifiques suisses. Il soutient l’homéopathie et dénonce des pratiques illégales de la part des australiens. Des « irrégularités majeures ont été révélées depuis, dont un premier rapport dissimulé au grand public. En 2016, une plainte formelle a donc été déposée à l’Ombudsman du Commonwealth. » L’homéopathie est donc une médecine qui cristallise depuis longtemps bien des passions…

Allopathie versus homéopathie

La médecine traditionnelle s’enseigne mais surtout elle est basée sur des faits, ce qu’on appelle l’evidence-based medicine, les constatations, observations. Lorsqu’une molécule est remboursée, c’est parce qu’elle a dû passer des études (de phase 1,2 et 3), elle a prouvé de façon scientifique qu’elle avait un effet avant d’arriver sur le marché. La pratique de la médecine est donc encadrée, mais pas l’homéopathie.

A la suite de la tribune du Figaro, le principe du remboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale a été remis en question. Rappelons que le remboursement de l’homéopathie représente chaque année 129 millions d’euros, les traitements sont remboursés jusqu’à 30 % voire 90 % en Alsace-Moselle. Ce principe est important car, non seulement, il donne à la molécule ou à la pratique une certaine crédibilité, « si c’est remboursé c’est que ça marche ! », mais en plus, il sous-entend dans l’esprit des patients que cette pratique est reconnue par l’Etat. C’est Agnès Buzyn qui a décidé de réfléchir à cette question de façon sereine, le 27 novembre 2018, au micro de la matinale de France Inter, elle déclare « le problème de l’homéopathie c’est qu’elle n’a jamais été évaluée comme les médicaments. On a décidé de rembourser l’homéopathie sans aucune évaluation scientifique, donc peut-être l’homéopathie pourrait rentrer dans le droit commun et être évaluée. Si elle est utile, elle restera remboursée et si elle est inutile, elle arrêtera de l’être. » C’est la Haute Autorité de santé qui devra se prononcer. La Pr Dominique Le Guludec, présidente de la HAS est très claire, « peu importe comment ça marche mais si ça marche ça doit pouvoir être démontré. Peut-on démontrer une plus-value significative pour le patient ? » La réponse devrait être donnée en avril 2019. En attendant, lorsqu’on demande aux représentants des principaux syndicats des médecins français, ils sont d’accord pour dire que l’homéopathie apporte bien une plus-value aux patients.  Ainsi, pour le Dr Jean-Paul Ortiz de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) « On sait que ça donne des résultats… », « L’homéopathie rend service, beaucoup de patients se sentent soulagés », rappelle le Dr Philippe Vermesch du Syndicat des Médecins Libéraux (SML). Et de conclure, « La question est celle du bien-être. Le but de la médecine est-il de prescrire des traitements prouvés scientifiquement ou de soulager les patients ? »
Pour conclure, ce débat montre bien une chose, aujourd’hui, on ne sait toujours pas si l’homéopathie fonctionne !

Le syndrome de l’intestin irritable et les médecines alternatives

Les principes de l’homéopathie

Selon la tribune des 124, « L’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de « médecines alternatives », n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. ». Il est vrai que cette « médecine » repose sur trois principes qui ne sont pas scientifiques. Le premier de tous, l’individualisation. On ne soigne pas une maladie mais un patient dans sa globalité. C’est le principe qui est le moins contesté. Ce serait même une bonne chose pour les homéopathes dont la consultation dure plus longtemps qu’avec un généraliste. Les homéopathes estiment que le patient reçoit plus d’écoute et de soutien, ainsi que moins de principes actifs ayant des effets secondaires, face à une médecine conventionnelle décrite ou perçue comme surmédicalisée et antipathique.

Deuxième principe, le semblable guérit le semblable. Plus simplement, on guérit le mal par le mal. Ce principe fait réagir bon nombre de scientifiques pour qui ce principe n’a jamais été démontré de façon scientifique. Enfin, troisième et dernier principe, la dilution. Ce principe sert à fabriquer les petites granules d’homéopathie dont la recette est particulière. Une goutte de principe actif est diluée dans 99 gouttes d’eau, c’est le 1 CH, il reste 1% du produit de départ. Ensuite, on reprend une goutte de ce mélange qu’on mélange à 10000 autres gouttes, c’est le 2 CH. 5 CH, c’est une goutte de l’ingrédient de départ dans l’équivalent d’une piscine olympique, 12 CH, c’est une goutte dans toutes les mers du globe. 15 CH, elle est diluée dans l’équivalent de 50 fois le volume de la terre. Et Henri Broch, biophysicien qui s’attache à dénoncer les dérives de l’homéopathie de conclure, « A 12 CH, il y a zéro molécule du principe actif. Ce que vous prenez ce sont des granules de sucre. » Ce que concède la présidente de la société savante d’homéopathie, la Dr Hélène Roux, « Oui, à 12 CH, il n’y a plus rien qu’on puisse détecter. Mais, elle précise. Il ne faut pas confondre l’information et le support. Une radio émet de la musique, quand vous la démontez, vous ne voyez pas l’orchestre mais pourtant vous entendez de la musique. La radio c’est le support, la musique, c’est l’information ».

Des granules au placebo

Les granules ne contiennent donc aucun principe actif. Pourtant, elles sont efficaces ! Ce qui fait dire à Henri Broch, pourtant détracteur de cette médecine, « l’homéopathie, ça marche mais pas pour les raisons invoquées. Ça ne fonctionne pas grâce à la granule, il n’y a rien dedans, c’est une certitude expérimentale. Lorsqu’on prend une granule, notre corps ou notre cerveau vont produire des molécules particulières qui vont entraîner la guérison ». C’est ce qu’on appelle l’effet placebo.

Cet effet a été étudié par Fabrizio Benedetti, professeur de physiologie et de neurosciences (université de Turin, Italie). « Le placebo n’est pas un faux traitement ou un faux médicament. Donner un placebo à un patient, induit dans son cerveau une attente positive active qui le poussera à produire des substances proches du cannabis ou de l’opium. » Notre corps est donc capable de fabriquer ses propres médicaments mais il en produit en fonction de la confiance qu’on accorde à notre médecin ou à ses prescriptions. « Si l’attitude du médecin et sa conviction sont importantes, le médicament ou l’injection sont aussi très importants. Car il existe des preuves qui montrent qu’une injection placebo est plus puissante qu’un comprimé placebo parce que les patients pensent qu’une injection est plus puissante qu’un comprimé. On a aussi la preuve que 2 pilules placebo sont plus efficaces qu’une et que trois sont meilleures que 2. » Cet effet placebo, les homéopathes le réfutent. Cette médecine qui est pratiquée depuis 200 ans n’existerait plus si elle reposait uniquement sur cet effet. Mais le Pr Bruno Flissard avance un argument  qui remet la médecine classique au même rang que l’homéopathie en ce qui concerne l’utilisation de l’effet placebo. Selon lui, il faudrait abandonner le mot de placebo. « Un patient qui a une douleur au dos à qui on prescrit du paracétamol, c’est logique car le paracétamol est un antalgique. Mais cette molécule n’est pas efficace contre le mal de dos. Donc, le médecin a prescrit un placebo légitime car reconnu et remboursé par la Sécurité Sociale. C’est là une injustice contre l’homéopathie, car finalement les médecins prescrivent des placebos tous les jours sans s’en rendre compte. »

À qui le dernier mot ?

Au-delà de cette éternelle querelle ne pourrions-nous pas laisser un parti qui jusqu’à présent n’a pas pu dire grand’chose ou qu’on n’a pas beaucoup écouté, les patients.
Car, après tout, ce sont encore nous qui décidons de choisir une pratique plutôt qu’une autre. Lorsqu’un patient décide de suivre un traitement homéopathique en plus du conventionnel, qui peut l’en empêcher ? L’homéopathie lorsqu’elle est pratiquée par un médecin généraliste qui s’est spécialisé en homéopathie n’a aucune raison de disparaître. Le représentant des médecins généralistes français (MG France), le précise, « (…) Il y a plein de généralistes qui font de l’homéopathie. Je pense qu’ils le font de façon honnête, que c’est une corde supplémentaire à leur arc, que c’est pour eux un moyen supplémentaire de prendre en charge leurs patients. »

En oncologie, c’est une bonne complémentation à la médecine conventionnelle. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de malades en chimiothérapie sont assistés par de l’homéopathie qui permet de soulager certains effets secondaires qui sont durs à vivre constamment comme les nausées, la fatigue, etc.
Il est vrai qu’on ne peut pas prouver scientifiquement que l’homéopathie est efficace, mais si ça fonctionne ? Pourquoi devrions-nous arrêter de prendre de l’arnica quand ça nous empêche d’avoir des bleus ?
Certains vous diront qu’il n’y a que la foi qui sauve. Que les granules n’ont aucun principe actif. Certes, c’est prouvé. Mais en attendant, les effets secondaires sont inexistants. Face à des traitements aux effets secondaires parfois dangereux, il est concevable que des patients décident d’abord d’essayer l’homéopathie.
Enfin, prenons exemple sur la Suisse qui a décidé de laisser le dernier mot à la population. En 2009, les Suisses ont été appelés à décider si les médecines complémentaires devaient être inscrites ou non dans leur constitution. Résultat, 67 % ont dit oui !

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Sources

Le Figaro,
Le Monde,
Le Quotidien du Médecin,
Collectif FakeMed,
– Bornhöft G et al., « Effectiveness, safety and cost-effectiveness of homeopathy in general practice – summarized health technology assessment. », , juin 2006, 13 Suppl 2, 19-29,
Syndicat Professionnel des Homéopathes du Québec,
– Enquête de santé, « Homéopathie, bientôt la fin ?« ,

Léa Coulanges

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