Et si on changeait de point de vue sur la prise en charge de Crohn ? En effet, lors des Journées francophones d’hépatogastroentérologie et d’oncologie digestive (JFHOD 2018), la conférence du Pr Jean-Frédéric Colombel a pointé du doigt les difficultés des traitements lors de la prise en charge de cette maladie. Il propose des solutions. Parmi elles : une prise en charge précoce et personnalisée. Explications.

Quelle prise en charge de Crohn actuellement ?

Actuellement, la prise en charge de Crohn consiste à prescrire des médicaments ou avoir recours à la chirurgie. De fait, il existe 4 familles de médicaments plus ou moins efficaces :
– 5-aminosalicylés (5-ASA),
– corticoïdes,
– immunosuppresseurs
et enfin la dernière arrivée, qui a suscité de grands espoirs, les
– biothérapies ciblées sur les TNF.

Cependant, même les biothérapies déçoivent. « Les résultats des traitements sont insuffisants », déplore le Pr Jean-Frédéric Colombel (Icahn School of Medicine, New-York, Etats-Unis). Il rajoute : « On ne peut pas espérer plus de 25% de rémission à un an avec les meilleurs traitements ».
En effet, la dernière solution, en cas de résistance aux médicaments est la chirurgie. Elle concerne 90% des patients et consiste à enlever la partie endommagée du tube digestif. Mais, n’oublions pas que le taux de récidive est d’environ 80%.

À découvrir sur le même sujet : Bien comprendre la maladie de Crohn.

Ainsi, on considère cette maladie comme intermittente (des phases de poussée suivies de rémission). Certains professionnels de santé, par exemple, préconisent deux approches thérapeutiques différentes en fonction de ces phases.

Vers une prise en charge précoce et personnalisée ?

Face à ce constat, le Pr Jean-Frédéric Colombel nous incite à tout d’abord changer de point de vue. La maladie de Crohn n’est pas intermittente. « Il faut changer sa perception de la maladie de Crohn [elle] doit (…) être considérée comme une maladie progressive, au même titre que la (…) la sclérose en plaques ». Chaque poussée entraîne une destruction progressive de l’intestin. De fait, sans traitement efficace, la chirurgie reste le seul recours.

Pourtant, prendre en charge cette maladie dès le diagnostic et avant l’apparition des premiers symptômes permettrait une action plus efficace des anti-TNF pour réduire la progression des lésions de l’intestin.
« En agissant de manière précoce, le traitement est plus efficace. Lorsque la dégradation de l’intestin a débuté, il est plus difficile de la stopper et d’empêcher l’invalidité associée », remarque le Pr Colombel.

À découvrir sur le même sujet : In Their Shoes, l’application pour que vos proches comprennent enfin ce qu’est la maladie de Crohn.

La mise en œuvre du concept du « Treat to target ».

Ensuite, il s’agit appliquer le concept du « Treat to target ». Il s’agit d’une stratégie thérapeutique dont le principe est d’atteindre l’objectif optimal prédéfini. Dans le cas de la maladie de Crohn, « ralentir le développement des complications liées à la destruction intestinale », en réajustant si nécessaire la prise en charge. `

Il faut alors y associer un monitoring thérapeutique. Il s’agit d’une surveillance avec une évaluation des marqueurs biologiques, et un ajustement des traitements qui permet de suivre le patient et de lui proposer une prise en charge plus personnalisée. Pour appliquer de façon optimale ces deux stratégies, il faut avoir au préalable classé les patients selon la sévérité de leur maladie mais aussi pouvoir prédire la réponse clinique d’un traitement pour un patient donné. Par exemple, la réaction d’un malade aux anti-corps anti-IL23.

En conséquence, cette démarche est un grand changement dans la prise en charge de la maladie. L’approche de la maladie est effectivement affinée. Cependant, la prévention et guérison restent encore loin.

Sources

Société Nationale Française de Gastro-Entérologie.
Medscape.

Léa Coulanges